LES BRUITS DU MONDE : RENCONTRES POETIQUES
A
du 30/09/05 au 02/10/05
Avec le partenariat de
(amarrée Quai Villa Beauséjour)
Avec le soutien de
du Ministère de
du Centre National du Livre
et de
11h00 : « Tous les matins de Denise Desautels » - Villa Beauséjour Petite anthologie en chambre des lectures de Denise, avec café et croissants.
14h00 : MORWENNA tourne la manivelle…
14h30 : Lecture au jardin ARIANE DREYFUS
15h00 : Lecture au jardin PATRICIA NOLAN
15h30 : Rencontre-lecture sur l’eau – Péniche-Spectacle
LUIS MIZON et ERIC BROGNIET
16h30 : Lecture au jardin SEYHMUS DAGTEKIN
17h00 : Performance au jardin JOHN GIORNO
18h00 : De bouche à oreille – Villa Beauséjour Poèmes lus par le public
Au gré du vent et des temps de la manifestation, la voix et l’orgue de Barbarie de MORWENNA.
Le matin, Denise Desautels qui avait prévu sa lecture « Tous les matins de Denise Desautels » en marchant le long du canal, la fait finalement dans sa résidence. La présence de Denise est une silhouette fine et gracieuse, noire de tissus, blanche à l’accent canadien, qui souvent sourit, et discrète, elle pose son regard sur ce qui l’attire. Elle est charmante de gentillesse.
Le repas est servi le midi, chacun à son rythme. Et jusqu’à bien après, Patricia Nolan, Eric Brogniet et John Giorno resteront à table, parlant de leurs expériences dans les paradis articficiels.
Dés 14h Morwéna tourne la manivelle de son orgue de Barbarie.
Puis Ariane Dreyfus entame sa lecture au jardin.
« Une musique met un vent inconnu
le temps qu’on comprenne le mot ‘fin’.
‘je l’aime, je l’aime’
avant elle n’aurai jamais ouvert les yeux.
Mais elle ne les ouvre pas pour comprendre.
Ainsi me parle t’elle sans bouger, appuyée au grillage sinistre.
Et elle répète cela du fond des lèvres, dans sa beauté accélérée.
C’est à peine si j’ose toucher son front, et pourtant nous ne croyons rien.
Nous sommes devant les choses.
Elle a les mains vides
Faites pour vivre avant de mourir. »
« la rue et la porte se touchaient
L’enfant transporte le nouveau chat d’une maison à l’autre,
De bonjour à beau temps,
Mieux qu’une belle robe ce sourire,
Ce sourire sans lien.
Le temps n’approche pas,
Mordra pourtant
Saluons les enfants rousses
Parties pour se salir.
Saluons.
‘Où l’as tu encore ramassé, celui là ?’
Il y en a qui font des bouquets avec des fleurs… »
Quelques branches vivantes, Ariane Dreyfus (Flammarion, 2001)
Après l’intermède de Morwéna, le public suit Patricia Nolan à l’intérieur de la péniche. Elle lit elle même ses courts poèmes en français, d’un bel accent. Elle fait rire son auditoire à la demande d’une passante qu’elle a rencontré lors d’une balade le long du canal. Le mot ‘Himalayenne’ retentit. Puis elle cite les longs poèmes en anglais, ensuite traduit par son présentateur. Une forte émotion née à l’évocation de sa mère, décédée il y a quelques mois.
« La boîte à biscuits
Elle gardait une boîte à biscuit sous le lit,
Dans la pièce près de la cuisine
Où les cruches de tante Julia aux roses décalquées
Pendaient comme un coquillages sur un collier
Autour du cou du vieux buffet.
La boîte contenait son trésor secret,
Des sous luisants et le papier d’argent
Des cigarettes Woodbine que son grand père
Lui donnait parce qu’il aimait la couleur de ses yeux.
Elle contenait aussi une montre topaze
Dont les aiguilles de diamant ne bougeait jamais.
Mais quelle importance,
Si le temps s’arrêtait, c’était le mois de juin.
Tous les jours elle comptait les sous
Que les hommes, devant l’église
Lui donnait après la messe du dmanche
En lui disant qu’elle était l’image
De sa mère, il y a longtemps,
Du moins lui semblait il.
C’était des hommes souriants aux yeux bleus,
En casquette froissées et costume de serge noire
Qu’ils ne portaient que le dimanche
Et rendaient aux mites le lundi.
Chaque dimanche, les sous luisaient
Au fond du coffret,
Mais le vendredi, quelle que soit la façon
Dont elle montait la garde,
Ils lui semblaient beaucoup moins nombreux
A chaque fois qu’elle recomptait.
Mais elle n’avait que six ans
Et ne savait compter que jusqu’à vingt.
Les Woodbines, disait grand père,
Etait meilleures quand il y en avait plein.
Travelling, Patricia Nolan (édition le Castor Astral, 2001)
Eric Brogniet donne une lecture dans le jardin. Je suis à la cafet’, certains administrateurs de l’association qui s’étaient proposé aux permanences, se cachent parmi les arbres et les gens.
« Voici l’immense et celles qui nous font signe
Entre deux étoiles entre deux passages
Corps dédoublés
L’un est tendu comme son membre
Et l’autre ouvert sur sa fente natale
Un vide les prolonge
Ils sont ainsi l’un et l’autre
Eclat prophétie chemin où le vent frissonne
Et fait chanter les herbes
Où le ciel se couvre puis resplendit
Interminablement »
Autoportrait, Eric Brogniet (édition l’âge d’Homme, 2001)
Je croise Seyhmus dans la cuisine qui trouve sa respiration, voulant le laisser en paix, il me dit que je ne le dérange pas. Nous parlons de l’écriture d’un roman qu’il a commencé il y a un an. Bientôt vient son tour, il se remet en marche, je lui souhaite bonne chance, il me remercie nominativement.
Luis Mizon prend le flambeau dans une lecture au jardin, sous un ciel découvert. Le bleu frais de l’automne arrive. En espagnol, puis lu traduit par lui même, il pose calmement ses vers sur les spectateurs augmentant. Mon ami Yann me rejoint, je l’invite à la cafet’, le temps d’un café, alors que Luis est applaudi.
« 8
Je déchiffre l’océan.
Les reflets de l’incendie.
Le bleu de la carte à jouer.
Le bateau peint par la fumée
Dans la solitude de mes mains.
La terre de plus en plus sèche.
Je devine les étoiles qui palpitent.
Les ouïes de sang.
Le dauphin, la méduse, l’espadon
Et la truite fabuleuse du ciel.
9
Ma maison est une plage
Ou peut être un jardin
Avec des statues mortes
Et rien qu’un centaure vivant
Ornant l’eau noire d’un bassin.
Je vis au pied d’une cascade aux eaux figées
Avec le temps arrêté dans les mots.
J’écoute la rumeur
D’un fleuve
Dans la conque secrète de mon oreille. »
Le songe du figuier en flamme, Luis Mizon (édition Folle avoine, 1999)
Vient le temps de Seyhmus Dagtekin qui debout cite sa poésie. Puis finit sur un chant en Arabe, d’une poésie d’un autre qu’il aime. C’est émouvant, et donne sens aux Bruits du monde.
« Les dérives de ma syllabe
d’abord c’est une désolation, alternée à l’amour de ta face
ces prophètes migrateurs
dérivant la destinée de nos syllabes
les pas de nos aïeuls
nos vaines distances
cet angle déchu dans leur foulée
les consonnes éclatées de ma parole
à puiser la maternité dans ses larmes
ce raclement de gorge qui perce nos tympans
brise nos voyelles sur les parois de ta face
…
la couleur naissante des fleurs au pied de Montmartre comme des colombes revenues de la vie de leurs ancêtres. La couleur naissante des fille près des pieds de cet arbre en fleur. Je suis là, près de ce jaune absolu des fleurs. De ce rire absolu dans ce jaune absolu des fleurs. La couleur de tes yeux. La couleur de tes rires. La chaleur du jaune des fleurs qui reflète un moineau perdu dans tes yeux.
Les yeux de mon père perdus
Dans les massacres du temps
Tes yeux
Bleus comme l’azur
Et le soleil
Et le soleil de la pluie
L’homme toujours s’ouvrant la vue dans les impasses du verbe temps »
Le Verbe Temps, Seyhmus Dagtekin (éditions Le Castor Astral)
Libérée de la cafet’, j’invite Yann dans un transat – nous nous sommes couchés vers cinco de mañana – pour le performance de John Giorno. Quelques respirations le temps d’être présenté, puis il relance sa danse poétique, pieds joints ou bougeant de temps en temps
« La vie vous tue
Chacun dit que ce qu’il fait est bien,
Que l’argent est une bonne chose
Ça peut être formidable
L’alcool au volant,
Rouler conduire en buvant de la bière
Ils ont besoin de moi plus que moi d’eux,
D’où est ce que vous sortez,
Pour trébucher dans la nuit en pensant à cela.
Quand j’avais je savais tout ce qu’il y avait à savoir,
Et maintenant que je suis vieux,
C’est vrai. »
Il faut brûler pour briller, John Giorno (édition Al Dante, 1994)
Denise Desautels convie les auteurs et les organisateurs à venir dans sa résidence :une vingtaine de personnes dans une vingtaine de mètre carré. Luis et sa compagne sont déjà reparti vers Paris par le train du soir. Je parle avec Eric Brogniet qui m’explique que quoique l’on fasse, il faut connaître les règles du système, et jouer selon les règles. Il me dit que quoique j’entreprenne, je dois être la meilleure. Il est lui même administrateur d’une maison de la poésie en Belgique. Tout comme John Giorno, il aurait souhaitait que la grande plante fibreuse soit disponible. Lorsqu’il organise des événements où il invite des gens de lettres, il a toujours une liste de numéros de téléphone pour parvenir au moindres besoins de ces invités. Je lui dis que je suis bénévole.
Une large table est constituée pour le repas du soir. Viviana sert le dernier repas du week-end. Patricia Nolan parlant avec John en face de moi, me complimente sur mon anglais. Seyhmus dit au revoir d’un geste de mains La fraîcheur tombe même sous les grandes tonnelles fermées. Nous installons un salon avec les boissons dans la salle d’exposition. Vers 23h je m’éclipse, Denise me fait une bise d’amour, je souhaite bonne continuation à Patricia et à Ariane, dis à John que je suis heureuse de l’avoir vu sur terre, au revoir à Eric. John me dit que c’est bientôt l’anniversaire de Gwénola, qu’ils vont au restaurant demain midi. Je dis au revoir à l’équipe.
Lundi 3 octobre
En commençant l’écriture de l’article, je me rend compte qu’il me manque quelques textes. Je retourne à la maison, où Cécile et Gwénola cherche un restaurant, je me souviens de
Mardi 4 octobre 2005
17h39, il me manque un poème de Seyhmus que j’irai chercher à la maison de la poésie dans la semaine.
Je décide d’écrire un recueil de poèmes sur le thème des rencontres. C’est l’anniversaire de Gwénola qui a 24 ans.
vendredi 17 février 2006
suite à la rencontre avec Jean Michel Maulpoix, organisée le 16 février à