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 Coxypy

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"Se trouver" de L. Pirandello, mis en scène par S. Norday

Publié par OqoT.P. Coxypy sur 9 Avril 2012, 10:45am

Catégories : #Articles

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Sur réseausocial.com, elle répondit d'abord rapidement à Mary Ho qui disait : "salut, ils sont passes au TNB il y a peu. Je n'ai pas accroché, tu me diras, ce que tu en as pensé...". OqoT.P. fit : "J'ai bien aimé le texte, lumière, costumes, décors : rigueur et esthétique. Norday est particulier, la gestuelle et la diction qu'il met en scène, ne s'appliquent pas bien à tous les acteurs. Mais y a quelque chose de différent que je n'ai pas encore analysé ;)"

 

Qu'est ce qu'elle y connaît au théâââtre? Rien si ce n'est ce baccalauréat littéraire difficile à appliquer dans le monde du travail et son expérience de guichetière dans un théâtre national. Est ce que cela suffit pour analyser l'oeuvre? Voyons voir, reprenons point par point ce qui avait marqué, parce que oui, cela avait marqué comme ces tableaux ou ces films de maîtres, d'un sentiment doux et amer de l'être se dépassant dans l'art.

 

Une rencontre improbable entre Hitchcock et Lynch, rigoureux et barré, où les personnages deviennent sculptures animées par le texte. Partie d'une méconnaissance globale de l'auteur, "Se trouver" de Luigi Pirandello est une bonne surprise à l'écoute lors de cette découverte empirique. Le texte est ciselé, bataillant réel mais attaquant aussi les fantômes de l'être en représentation. Acte I : se donner. Acte II : se perdre. Acte III : se trouver. Il est question de créer et au delà, où est le vivre? L'actrice se cherche, perdue puis amoureuse. Elle aimerait se confronter au principe de réalité mais fuit indéfiniment, elle revient alors à la scène dans la solitude inhérente à ce choix.

 

L'Acte I choral n'est pas le +1 de la pièce. Pourtant la symétrie du placement des êtres a son charme, chorégraphiés, ils se déplacent en lançant leurs verbes, fumant à chacun leur tour l'interdite cigarette en lieu public, autorisée alors dans la sphère privée du jeu. Les deux actes suivants épurent les caractères, et gardent les plus adaptés, sans doute l'ironie de la sélection naturelle. Le théâtre de Norday ne va pas à tous les comédiens. Ceux qui le portent bien : Vincent Dissey,  majeur et explosif. Frédéric Leidgens, stable et victorieux. Marine de Missolz, métronome. Laurent Sauvage, l'incarnation. Et sûrement Claire Ingrid Cottanceau. Ils raisonnent tous fortement. Emmanuelle Béart livre une jolie performance, bien plus épanouie que dans Les Justes (pièce précédente de S. Norday avec E. Béart). Elle lutte entre l'exigence et son naturel qui ne dessert pas la pièce.

 

Donner à voir la saisissante et cireuse lumière qui découpe les comédiens dans leur problématique double : interpréter ce texte riche à écho, et jouer l'exigence Norday. La manière des mains, dansant presque, appuie les mots dans leur force si discrète. Et certains aurait quitté la salle pour moins que ça.

 

Des décors amovibles et mastodontes : les scènes nationales sont plus que jamais le lieu pour faire plaisir aux vieux métiers de la distraction. D'abord l'imposante villa néoclassique, puis le dépouillement d'une chambre de la torture enamourée, enfin les carrés psychédéliques de la chambre d'hôtel.

 

Le plus fashion touch, ce sont ces drapés grecques adaptés à l'époque, cela transporte au temps de l'art nouveau. C'est exactement le type de costumes dont devraient être fait le monde pour qu'il soit beau et fluide. Pour l'anecdote : Emmanuelle porte du vert à deux reprises dans le Ier acte "se donner", est ce là provoquer? A moins que le vert soit revenu sur les planches depuis longtemps?

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