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 Coxypy

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"El Sicario" de Gianfranco Rosi

Publié par OqoT.P. Coxypy sur 9 Avril 2012, 10:37am

Catégories : #Articles

El Sicario

Un film de Gianfranco Rosi

2010

 

 

Synopsis : Dans la chambre 164 d’un motel entre le Mexique et les Etats Unis, le documentariste G. Rosi et l’auteur C. Bowden rencontre El Sicario, un tueur à gage retiré des affaires qui a travaillé pendant vingt ans au service des narcotrafiquants mexicains. Fugitif et cagoulé, le sicaire confesse : tortures, enlèvements, meurtres.

 

Un seul protagoniste dans ce huis clos, El Sicario témoigne de son expérience de tueur pour les narcotrafiquants devant la caméra du documentariste Gianfranco Rosi. L’auteur associé au projet, Charles Bowden, a écrit plusieurs articles sur la région frontalière mexicaine et la ville de Juarez, tels que Murder City: Ciudad Juarez and the Global Economy's New Killing Fields (2010), ou encore Dreamland: The Way Out of Juarez (2010).

 

Le plan d’ouverture sur le motel, room 164, donne juste l’indication du lieu symbolique : dans cette chambre de motel, le sicaire a enlever, torturer, tuer des gens pour le compte de son patron. Le plan à l’intérieur de la chambre montre le sicaire entrain de s’enrubanner le visage, ainsi couvert d’un tissu sombre, il peut se confesser anonymement à la caméra. Le sicaire vient s’installer dans un fauteuil en face de la caméra, et de sa voix modifiée, il explique la fonction d’un Sicario : en finir définitivement avec une personne. Discrétion lui incombe dans ce métier : ne jamais dévoiler son activité.

 

Le style de l’interview est épuré, seul, le sicaire explique ses actes, à l’aide d’un cahier où il fait des croquis pour illustrer ses mots. Le sicaire raconte son histoire de vie, sa jeunesse à Juarez dans l’état du Chihuahua, ses débuts comme passeur de drogue, le gain d’argent immédiat, son entrée dans la police. Il témoigne de la corruption à l’école de police, impassible, en donnant des détails précis : corruption des gardiens à l’école, un élève sur quatre dans l’école travaille déjà pour les narcotrafiquants.

 

Au montage, des vues extérieures rapides sont insérées : le quartier, plans moyens et larges des maisons sécurisées. La caméra ne juge pas l’homme lorsqu’elle revient sur lui au dessus de son épaule, mais cherche à comprendre. Le sicaire annonce, sans procès, l’implication des gouverneurs dans les affaires des narcos, le fait que les autorités connaissent l’existence des maisons sécurisées.

 

Arrive un panorama de Juarez, on retrouve le sicaire debout qui reconstitue des scènes de son métier : les enlèvements, les tortures. Il refait les gestes qu’il a fait pendant plus de vingt ans, au service du patron. La caméra enregistre ses gestes chargés de souffrance, pourtant le sicaire ne s’émeut pas, il continue son récit : son rapport au service du patron, ce qui arrive aux femmes qui se refusent au patron, l’absence de limites pour les narcos. On remarque aussi des écrans noirs en fin d’interview où se poursuit le témoignage du sicaire. Récurrents, des plans du motel et de la porte n°164 viennent s’intercaler entre deux parties de récits.

 

Des voitures dans la nuit, gyrophare allumé, le plan nocturne sur la route intervient juste avant le point d’orgue du récit : le moment où le sicaire se rend compte de son état de violence. Dans son sommeil, il s’apprêtait à asphyxier sa femme qui tentait de le réveiller lors d’un de ses cauchemars. Il raconte alors sa décision d’arrêter l’alcool et la drogue, puis comment il est dégradé dans ses taches pour le patron : on lui confie des missions de moindre importance, et enfin sa cavale depuis qu’il a perdu la confiance du patron.

 

Sur une dernière confidence, le sicaire exprime dans une reconstitution sa rencontre avec Dieu. Dans un meeting religieux, il s’est libéré du joug du patron. Son rythme de voix augmente, le son aussi, allant vers une rédemption impossible. Le sicaire mime comment son chemin s’est tourné vers Dieu. Le documentaire se termine sur un plan large de la ville Juarez.

 

Ce documentaire minimaliste dans ses inserts, se concentre principalement sur la figure cachée du sicaire dans la chambre 164, assis dans un fauteuil ou debout entrain de reconstituer ses actes. Pourrions nous imaginer que Charles Bowden et Gianfranco Rosi aient mis en scène un acteur pour jouer le rôle du sicaire ? Bowden étant un spécialiste de Juarez, est sûrement en mesure d’écrire le récit du sicaire qui semble réaliste. Le manque d’explications hors champs ne nous permet pas de répondre à cette hypothèse.  Le protagoniste, qu’il soit fictif ou véritable, fonctionne puisque le spectateur est happé par l’authenticité du récit : la corruption, le travail sous les ordres des narcos, les enlèvements, la torture sont autant d’éléments qui crédibilisent le discours.

 

 

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