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 Coxypy

Coxypy

L’idylle du jeu

Publié par Candice sur 25 Octobre 2006, 14:35pm

Catégories : #Poésie

 

L’hiver avait pris ses quartiers,

Laissa les sourires se faner.

Maïti flânait pour épier

Son amant, et sa femme peinée.

 

            Elle l’avait rencontré sur les bords de la Seine , flânant aux mêmes pas, Armand avait fini par l’aborder simplement. Maïti lui avait alors lancé sa flamme au visage dans une esclandre souriante « Tenez ! ». Il alluma sa cigarette d’un geste assuré, et lui rendit le briquet. « Vous ne ressemblez pas à l’hiver. » Armand avait pris sa voix la plus grave, il souhaitait seulement voir de nouveau s’afficher à ses yeux, le sourire flamboyant de la jeune femme. Maïti prit l’air interrogateur qui la caractérisait si bien lorsqu’elle se faisait charmer ; elle répondit par un clin d’œil complice, n’ayant trouvé à l’incompréhension une autre alternative que l’ambiguïté. Ils marchèrent naturellement ensemble, Armand lentement, Maïti normalement. Les mots étaient d’éventuels renseignements, quelques banalités, et ne portaient pas la force de l’échange entre ces deux êtres. Imaginant mille et un scénarii pour répondre à l’attente, ce qu’ils pensaient s’éloignait de plus en plus de ce qu’ils disaient. 

 

Elle était en larme maintenant

Et lui, penaud et décidé,

Il avait chargé d’un élan

La vérité, l’air élucidé.

 

            Il l’avait prise par la main, une sérénade fredonnant, et leurs esprits dansaient un peu devant eux, et au dessus. Elle le baladait d’un sourire, lui riait d’un éclat franc lorsqu’elle inventait des mots pour les définir. « Nous marchons depuis presque une heure, accepterais tu mon invitation ? »

 

Son charme à elle était l’odeur

D’instinct et d’inconscient qu’avait

Ses mouvements : de la candeur

Au diabolisme, il en rêvait.

 

            Elle l’avait toujours aimé. Lorsqu’il l’avait demandé, lorsqu’il avait perdu, lorsqu’il avait voulu, lorsqu’il l’avait réprimandé. Toujours ! Et lui, le voilà parti pour cette danseuse, une pacotille d’illusionniste ! Elle avait toujours tenu son rôle à merveille, la musique, la cuisine, les amis, les vêtements… Elle lui avait toujours fait honneur ; d’être sienne, cette parfaite, qu’on envie, qu’on voudrait ; elle s’était faite parfaite pour lui plaire.

 

Ses sentiments étaient confus

Un peu comme s’il avait trouvé

Un goût d’adolescence émue

Dans tout ce qui la concernait.

 

            D’une pirouette en avant, puis le cerceau à la taille… les paillettes s’égrainant dans l’air, la suivant, attachées discrètement. La nuit tombée, elle prenait à cœur la carrière engagée malgré elle ; « tu devrais entrer dans ce monde, c’est magnifique, les spectacles, l’argent des arts, les couleurs chatoyantes… » L’homme du passé lui avait dit cela pour qu’elle soit «… sauvée, une jolie fille comme toi !

L’air adulte au jeu des amours

Perdait souvent, pourtant gagnait

A être vécu. Pour toujours

L’émotion en maître régnait.

 

            Ces cinquante ans entamés, il revenait sur son passé couramment. Il pensait qu’il s’était marié jeune pour convenir aux lois sociales et religieuses. Il voyait son ménage comme une vieille institution française : lourd d’administration, sans vigueur, fainéant… Un couple n’ayant presque plus rien en commun individuellement si ce n’est peut être l’appartenance à l’espèce humaine et les souvenirs partagés.

 

Elle gisait sur le sol, de l’eau

Dans ses cheveux. Ça aurait pu

Etre lui, trompé par mélo

Drame du monogame corrompu.

 

            Lorsqu’il l’avait embrassé pour la première fois, la culpabilité s’était laissée envahir par le plaisir. Elle avait sourit comme il voulait. Il lui avait dit la vérité, puis à l’autre aussi.

 

La fumée envoûte leurs êtres

Plongés dans la rencontre d’âmes

Les corps se frôlent, se fenêtrent

L’image au profil se déclame.

 

            La trentaine épanouie, elle bousculait sa chevelure pour y voir plus clair. Elle se fichait bien qu’un badaud de plus lui parle sur les bords de la Seine. D ’habitude, elle éconduisait poliment l’homme, testant ses richesses tout de même. Cette fois ci, elle l’avait parqué dans son esprit comme un vêtement qui lui plaisait. Elle se disait intérieurement qu’elle le portrait bien et se le paierait sûrement au rabais ; parce qu’à ce moment même où il l’invitait, elle acceptait sans rechigner.

 

Les funérailles étaient luxueuses.

Le tout city était tenté.

Mais elle n’y était, la danseuse,

Qui hier les épiait au thé.

 

            Il lui dit vite qu’il était marié. Elle pratiquait parce qu’elle avait compris que la morale n’était qu’une question de croyance. Ils partirent à l’hôtel Dessorts, et firent longuement l’amour, ne faisant qu’un du corps charnel. Elle comprit ses mœurs niées par son officielle.

 

Maïti s’était éclipsée,

La vie de la nuit et les fruits

Du divertissement firent passer

L’ardent souvenir de lui.

 

            Perdu dans ses pensées, il se rappela la tristesse de sa femme lorsqu’elle apprit de lui la vérité ; il lui avait dit parce qu’il croyait en la sincérité de son mariage. Il l’avait laissé seule, pour aller retrouver Maïti. Armand, en amant respectable, était arrivé au rendez vous à l’heure avec un bouquet de fleurs… les plus belles du Jardin, le magasin des grandes rues. Elle n’était pas ici, pas à l’heure.  

 

Elle les avait vus dans la rue,

Puis elle s’était dit que briser

Ce couple, ne valait mis à nu.

Elle ne le verrait plus miser.

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