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 Coxypy

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Maria Petreu & Dumitru Tsepeneag

Publié par Candice sur 11 Juillet 2006, 13:52pm

Catégories : #Articles

MARTA PETREU & DUMITRU TSEPENEAG  

 

            Les propos qui vont suivre sont recrées d’un discours multiple : la présentation des auteurs est faite par la Maison de la Poésie , le questionnement est public, et les témoignages sur la Roumanie et la littérature roumaine sont les dires pris en notes et en mémoire de Marta Petreu et Dumitru Tsepeneag.

            Marta Petreu et Dumitru Tsepeneag sont à la Maison de la poésie. Elle est née en 1955 en Transylvanie, et vit aujourd’hui à Clùj, capitale culturelle et deuxième ville de Roumanie, où elle enseigne la philosophie à l’université. Rédactrice en chef de la revue littéraire Apostrof, Marta Petreu a publié des essais, Un passé mal vu, la transfiguration de la Roumanie en 1999, Ionesco dans le pays du père en 2001, ainsi qu’une dizaine de recueils de poèmes. Sa poésie dit la difficile et parfois l’impossible liberté d’être femme, créatrice et critique quant au politique et la religion. En voyage pour trois jours à l’occasion du Salon du livre de Rennes, organisé par Amnesty International, elle fait une lecture à la maison de la poésie le vendredi 03 février 2006 à 20h30. Elle est accompagnée de l’auteur Dumitru Tsepenaeg, qui a traduit ce texte qu’elle présente : Poèmes sans vergogne, paru en 2005 aux éditions ‘le temps qu’il fait’.

            Dumitru Tsepenaeg est né en 1937 à Bucarest. Dans les années 60, 70, il est le chef de file de l’onirisme, courant littéraire unique s’opposant au « réalisme socialiste » officiel. Déchu de sa nationalité roumaine par Tcheausescou, Tsepenaeg est contraint de s’exiler, et obtient la nationalité française en 1984. Après la chute du mur, il fonde et dirige Les Cahiers de l’Est, puis Les Nouveaux Cahiers de l’Est. Il participe au comité de rédaction de Po&sie. Il a publié plusieurs ouvrages en français,  Exercices d’attente & Les Noces nécessaires chez Flammarion, ainsi que Roman de Gare, Hotel Europa, Au pays des Maramures et  Attente  chez P.O.L.

            Après une brève présentation par la référante, sympathisante d’Amnesty International, Marta Petreu commence la lecture d’un de ses poèmes en roumain, elle lit sa poésie, et lui lit la traduction en français qu’il a écrit. Puis elle lit, toujours en Roumain – comprenant bien, mais parlant timidement le français – un texte d’un poète de sa ville. Ne pas comprendre la langue est une drôle de sensation, la poésie en ceci défie les barrières du langage, sentir juste la sonorité permet de voguer sur les mots. C’est une belle rencontre à la culture que de l’entendre en ses propres termes. Tsepenaeg reprend le texte lu en français. Ce sont des vers libres et sombrant rappelant pourtant à la vie. Une vingtaine de personnes est à l’écoute ce soir. Cette après midi, après être sortie d’un avion en retard, Marta Petreu est allée faire lecture chez les scolaires. Demain, elle participera au sixième salon du livre de Rennes, mis en conférences et débats par Amnesty International.

            De nouveau, ils lisent à tour de rôle un poème d’un collègue poète roumain, tiré d’un recueil publié lors de l’année de la Roumanie en France. Ensuite les questions ouvertes viennent. Marta Petreu fait parti des poètes des années 80. Depuis le XIXème siècle, il est coutume de dire en Roumanie que tous les dix ans, il y a une génération d’écrivains. Marta précise que la génération 2000 écrit dans un érotisme assez violent. Elle définit la génération 80, non comme une école, mais une ligne dont la difficulté poétique récupère le réel.

            Questionnant la place de la poésie à l’école en Roumanie, Marta répond en sa langue, et Dumitru traduit en simultané, les scolaires étudient actuellement les classiques roumains précédant la seconde guerre mondiale, et non les auteurs contemporains malgré une tentative échouée de réforme. Je lui demande alors si elle fait un lien entre la philosophie qu’elle enseigne et la poésie qu’elle écrit ; elle dit que c’est une question difficile, mais répond qu’en philosophie, elle tend a étudier les maladies des idées. S’enchaîne une conversation sur le pessimisme dans la littérature roumaine parallèle à la période marxiste. Elle témoigne d’une renaissance de la philosophie actuellement, et donc une plus grande liberté. Elle s’affirme, non pas philosophe, mais professeur de philosophie, qui étudie entre autres la phénoménologie. Ils parlent de Mircea Dineausescou, persona ingrata à la fin de Tcheausescou, poète émergeant en 1989, qui a alors refusé le rôle politique qui lui était possible de porter au renouveau de sa patrie, et s’affaira à publier ses revues.

            La rime et la forme classiques résistent en Roumanie, où il y a beaucoup de poètes et poétesses ; l’adage dit : « Le Roumain est né poète ». Interrogeant la tradition des légendes et chansons roumaines en faisant allusion à la Transylvanie , les auteurs répondent que la culture roumaine culte ses auteurs dés le XVIIème siècle. Le folklore anonyme est vivant, et ce par la transcription des poèmes populaires écrits par des poètes reconnus. Ils expliquent ensuite les influences de la littérature française, de la philosophie allemande, et présentement des écrits anglo-saxons, puis répliquent à une nouvelle question, la culture turque n’est pas influente si ce n’est dans le vocabulaire. Le français a longtemps était langue diplomatique et intellectuelle en Roumanie, à l’époque de Tcheausescou, et même certains anciens comprennent encore le français. Aujourd’hui c’est l’anglais qui a repris ce rôle.

Quelle était l’importance de la censure pendant ces années ? Témoins vivants, Marta ayant vécu ces années sur place, ils définissent la censure des années 50 aux années 90. Celle des personnes, Dumitru a été déchu de sa nationalité d’origine, mais aussi il existait une censure mesquine s’arrêtant sur une page, un mot. Ils racontent ces années très dures, où le « soi disant communisme » contrôlait tout par le parti. Malgré une légère libération après 1965, il y avait une obligation de lire la revue du jour, et Tsepeneag n’existait plus dans les fichiers de bibliothèques. Aujourd’hui les « indésirables » sont réapparus. Il y a beaucoup d’écrits de tiroirs, de mémoires, de souvenirs écrits pendant cette période qui paraissent de nos jours.

Sur la question de la parité homme-femme dans la littérature roumaine, le socialisme avait proclamé l’égalité entre les femmes et les hommes, ce qui, selon eux, fut respecté dans la littérature. Dés les années 60, la poésie se libère, mais pour les romans la censure a toute sorte de prétentions, et les œuvres purement réalistes sont restées dans les tiroirs. Certains écrivains pourtant ont trouvé le juste milieu pour développer leur art sans fâcher le parti. Un écrivain qui acceptait d’écrire au goût du parti, gagnait mieux sa vie qu’un écrivain d’aujourd’hui. Mais ils se souviennent que des philosophes et écrivains ont été emprisonnés dans les années 50. Le parti dans son idéologie pensait que la littérature pouvait changer la société, puis dans les années 80, dans la misère, la parti perdit cette naïveté que l’écrivain peut convaincre le paysan.

Dumitru cite Gide « la littérature ne se fait pas avec les bons sentiments » et affirme le besoin de créer une tension pour écrire. Il répond d’une admiration pour la France selon son terme « philo-français », puis exprime la possibilité d’une double comptabilité d’un auteur ; Nikita Tsheauneskou écrivit pour le parti par besoin monétaire, mais créa aussi de la poésie pour son amour. Marta revient sur la totalitarisme, froid, qui persécutait ses rêves et son sommeil, se souvenant d’un rêve où Tcheausescou se proclamait maître du monde. Dumitru dit qu’il n’a jamais fait ce rêve, puis décrit la Maison du Peuple de la capitale roumaine comme une énormité, où l’avenue qui y mène est un mètre plus large que les Champs Elysées. Qu’en est il de la jeunesse actuelle en Roumanie ? Les plus qualifiés s’expatrient aux Etats Unis, d’autres migrent vers l’Espagne ou la France.

L’organisatrice invite à une dernière lecture de poème, ce qu’ils font rapidement, sans vergogne. Puis Cécile remercie et invite les participants à prendre un verre de vin ou de jus d’orange. La rencontre a duré une heure et demi. Marta Petreu me dit qu’elle a froid, qu’elle parle et comprend le français, qu’elle reste trois jours. Je m’éclipse avec quelques programmes de la maison de la poésie à distribuer.

Rennes, le 03.02.06

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