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 Coxypy

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Bruits du monde : dimanche

Publié par Candice sur 11 Juillet 2006, 13:41pm

Catégories : #Articles

LES BRUITS DU MONDE : RENCONTRES POETIQUES 

 

A la Villa Beauséjour - Maison de la Poésie de Rennes  

 

du 30/09/05 au 02/10/05 

 

Avec le partenariat de La Péniche Spectacle

(amarrée Quai Villa Beauséjour)

Avec le soutien de la Ville de Rennes

du Ministère de la Culture et de la Communication

du Centre National du Livre

et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne

 

Dimanche 2 octobre 2005  

 

11h00 : « Tous les matins de Denise Desautels » - Villa Beauséjour Petite anthologie en chambre des lectures de Denise, avec café et croissants. 

14h00 : MORWENNA  tourne la manivelle…

14h30 : Lecture au jardin ARIANE DREYFUS

15h00 : Lecture au jardin PATRICIA NOLAN

15h30 : Rencontre-lecture sur l’eau Péniche-Spectacle

LUIS MIZON et ERIC BROGNIET

16h30 : Lecture au jardin SEYHMUS DAGTEKIN

17h00 : Performance au jardin JOHN GIORNO

18h00 : De bouche à oreille – Villa Beauséjour Poèmes lus par le public

Au gré du vent et des temps de la manifestation, la voix et l’orgue de Barbarie de MORWENNA.

            Le matin, Denise Desautels qui avait prévu sa lecture « Tous les matins de Denise Desautels » en marchant le long du canal, la fait finalement dans sa résidence. La présence de Denise est une silhouette fine et gracieuse, noire de tissus, blanche à l’accent canadien, qui souvent sourit, et discrète, elle pose son regard sur ce qui l’attire. Elle est charmante de gentillesse.

Le repas est servi le midi, chacun à son rythme. Et jusqu’à bien après, Patricia Nolan, Eric Brogniet et John Giorno resteront à table, parlant de leurs expériences dans les paradis articficiels.

Dés 14h Morwéna tourne la manivelle de son orgue de Barbarie.

Puis Ariane Dreyfus entame sa lecture au jardin.

 

« Une musique met un vent inconnu

le temps qu’on comprenne le mot ‘fin’.

 

 ‘je l’aime, je l’aime’

avant elle n’aurai jamais ouvert les yeux. 

 

Mais elle ne les ouvre pas pour comprendre.

Ainsi me parle t’elle sans bouger, appuyée au grillage sinistre. 

 

Et elle répète cela du fond des lèvres, dans sa beauté accélérée.

C’est à peine si j’ose toucher son front, et pourtant nous ne croyons rien. 

 

Nous sommes devant les choses.

Elle a les mains vides

Faites pour vivre avant de mourir. » 

 

« la rue et la porte se touchaient 

 

L’enfant transporte le nouveau chat d’une maison à l’autre,

De bonjour à beau temps,

Mieux qu’une belle robe ce sourire,

Ce sourire sans lien. 

 

Le temps n’approche pas,

Mordra pourtant

Saluons les enfants rousses

Parties pour se salir. 

 

Saluons.

‘Où l’as tu encore ramassé, celui là ?’

Il y en a qui font des bouquets avec des fleurs… » 

 

Quelques branches vivantes, Ariane Dreyfus (Flammarion, 2001) 

 

            Après l’intermède de Morwéna, le public suit Patricia Nolan à l’intérieur de la péniche. Elle lit elle même ses courts poèmes en français, d’un bel accent. Elle fait rire son auditoire à la demande d’une passante qu’elle a rencontré lors d’une balade le long du canal. Le mot ‘Himalayenne’ retentit. Puis elle cite les longs poèmes en anglais, ensuite traduit par son présentateur. Une forte émotion née à l’évocation de sa mère, décédée il y a quelques mois. 

 

« La boîte à biscuits 

 

Elle gardait une boîte à biscuit sous le lit,

Dans la pièce près de la cuisine

Où les cruches de tante Julia aux roses décalquées

Pendaient comme un coquillages sur un collier

Autour du cou du vieux buffet.

La boîte contenait son trésor secret,

Des sous luisants et le papier d’argent

Des cigarettes Woodbine que son grand père

Lui donnait parce qu’il aimait la couleur de ses yeux.

Elle contenait aussi une montre topaze

Dont les aiguilles de diamant ne bougeait jamais.

Mais quelle importance,

Si le temps s’arrêtait, c’était le mois de juin.

Tous les jours elle comptait les sous

Que les hommes, devant l’église

Lui donnait après la messe du dmanche

En lui disant qu’elle était l’image

De sa mère, il y a longtemps,

Du moins lui semblait il.

C’était des hommes souriants aux yeux bleus,

En casquette froissées et costume de serge noire

Qu’ils ne portaient que le dimanche

Et rendaient aux mites le lundi.

Chaque dimanche, les sous luisaient

Au fond du coffret,

Mais le vendredi, quelle que soit la façon

Dont elle montait la garde,

Ils lui semblaient beaucoup moins nombreux

A chaque fois qu’elle recomptait.

Mais elle n’avait que six ans

Et ne savait compter que jusqu’à vingt.

Les Woodbines, disait grand père,

Etait meilleures quand il y en avait plein. 

 

Travelling, Patricia Nolan (édition le Castor Astral, 2001) 

 

            Eric Brogniet donne une lecture dans le jardin. Je suis à la cafet’, certains administrateurs de l’association qui s’étaient proposé aux permanences, se cachent parmi les arbres et les gens. 

 

« Voici l’immense et celles qui nous font signe

Entre deux étoiles entre deux passages

Corps dédoublés

L’un est tendu comme son membre

Et l’autre ouvert sur sa fente natale

Un vide les prolonge

Ils sont ainsi l’un et l’autre

Eclat prophétie chemin où le vent frissonne

Et fait chanter les herbes

Où le ciel se couvre puis resplendit

Interminablement » 

 

Autoportrait, Eric Brogniet (édition l’âge d’Homme, 2001) 

 

            Je croise Seyhmus dans la cuisine qui trouve sa respiration, voulant le laisser en paix, il me dit que je ne le dérange pas. Nous parlons de l’écriture d’un roman qu’il a commencé il y a un an. Bientôt vient son tour, il se remet en marche, je lui souhaite bonne chance, il me remercie nominativement.

            Luis Mizon prend le flambeau dans une lecture au jardin, sous un ciel découvert. Le bleu frais de l’automne arrive. En espagnol, puis lu traduit par lui même, il pose calmement ses vers sur les spectateurs augmentant. Mon ami Yann me rejoint, je l’invite à la cafet’, le temps d’un café, alors que Luis est applaudi. 

 

« 8

 

 

 

Je déchiffre l’océan. 

 

Les reflets de l’incendie.

Le bleu de la carte à jouer.

Le bateau peint par la fumée

Dans la solitude de mes mains.

La terre de plus en plus sèche. 

 

Je devine les étoiles qui palpitent.

Les ouïes de sang.

Le dauphin, la méduse, l’espadon

Et la truite fabuleuse du ciel. 

 

 

Ma maison est une plage

Ou peut être un jardin

Avec des statues mortes

Et rien qu’un centaure vivant

Ornant l’eau noire d’un bassin. 

 

Je vis au pied d’une cascade aux eaux figées

Avec le temps arrêté dans les mots. 

 

J’écoute la rumeur

D’un fleuve

Dans la conque secrète de mon oreille. » 

 

Le songe du figuier en flamme, Luis Mizon (édition Folle avoine, 1999) 

 

            Vient le temps de Seyhmus Dagtekin qui debout cite sa poésie. Puis finit sur un chant en Arabe, d’une poésie d’un autre qu’il aime. C’est émouvant, et donne sens aux Bruits du monde. 

 

« Les dérives de ma syllabe 

 

d’abord c’est une désolation, alternée à l’amour de ta face

ces prophètes migrateurs

dérivant la destinée de nos syllabes

les pas de nos aïeuls

nos vaines distances

cet angle déchu dans leur foulée

les consonnes éclatées de ma parole

à puiser la maternité dans ses larmes

ce raclement de gorge qui perce nos tympans

brise nos voyelles sur les parois de ta face

la couleur naissante des fleurs au pied de Montmartre comme des colombes revenues de la vie de leurs ancêtres. La couleur naissante des fille près des pieds de cet arbre en fleur. Je suis là, près de ce jaune absolu des fleurs. De ce rire absolu dans ce jaune absolu des fleurs. La couleur de tes yeux. La couleur de tes rires. La chaleur du jaune des fleurs qui reflète un moineau perdu dans tes yeux. 

 

Les yeux de mon père perdus

Dans les massacres du temps

Tes yeux

Bleus comme l’azur

Et le soleil

Et le soleil de la pluie 

 

L’homme toujours s’ouvrant la vue dans les impasses du verbe temps » 

 

Le Verbe Temps, Seyhmus Dagtekin (éditions Le Castor Astral) 

 

            Libérée de la cafet’, j’invite Yann dans un transat – nous nous sommes couchés vers cinco de mañana – pour le performance de John Giorno. Quelques respirations le temps d’être présenté, puis il relance sa danse poétique, pieds joints ou bougeant de temps en temps 

 

 « La vie vous tue

 

Chacun dit que ce qu’il fait est bien,

Que l’argent est une bonne chose

Ça peut être formidable 

 

L’alcool au volant,

Rouler conduire en buvant de la bière

Ils ont besoin de moi plus que moi d’eux,

D’où est ce que vous sortez,

Pour trébucher dans la nuit en pensant à cela. 

 

Quand j’avais je savais tout ce qu’il y avait à savoir,

Et maintenant que je suis vieux,

C’est vrai. » 

 

Il faut brûler pour briller, John Giorno (édition Al Dante, 1994) 

 

            Denise Desautels convie les auteurs et les organisateurs à venir dans sa résidence :une vingtaine de personnes dans une vingtaine de mètre carré. Luis et sa compagne sont déjà reparti vers Paris par le train du soir. Je parle avec Eric Brogniet qui m’explique que quoique l’on fasse, il faut connaître les règles du système, et jouer selon les règles. Il me dit que quoique j’entreprenne, je dois être la meilleure. Il est lui même administrateur d’une maison de la poésie en Belgique. Tout comme John Giorno, il aurait souhaitait que la grande plante fibreuse soit disponible. Lorsqu’il organise des événements où il invite des gens de lettres, il a toujours une liste de numéros de téléphone pour parvenir au moindres besoins de ces invités. Je lui dis que je suis bénévole.

            Une large table est constituée pour le repas du soir. Viviana sert le dernier repas du week-end. Patricia Nolan parlant avec John en face de moi, me complimente sur mon anglais. Seyhmus dit au revoir d’un geste de mains La fraîcheur tombe même sous les grandes tonnelles fermées. Nous installons un salon avec les boissons dans la salle d’exposition. Vers 23h je m’éclipse, Denise me fait une bise d’amour, je souhaite bonne continuation à Patricia et à Ariane, dis à John que je suis heureuse de l’avoir vu sur terre, au revoir à Eric. John me dit que c’est bientôt l’anniversaire de Gwénola, qu’ils vont au restaurant demain midi. Je dis au revoir à l’équipe.

           

Lundi 3 octobre  

 

En commençant l’écriture de l’article, je me rend compte qu’il me manque quelques textes. Je retourne à la maison, où Cécile et Gwénola cherche un restaurant, je me souviens de la Villa d’Este, elles réservent. Avec Gwénola et Nolwen, nous allons chercher John à l’hôtel des Lices. Nous marchons dans le centre historique de Rennes, John essaie de dater les architectures. Je mange à la gauche de John, et en face d’Eric. La conversation est instructive. La pratique du Yoga, le futur, les voyages en Inde, le papier peint du restaurant inspiré d’un motif indien, la politique de Ségolène selon John. Au temps des aux revoirs, je dis à John que je le verrai à New York, il est d’accord. Il a deux appartements pour recevoir, a t’il dit à Eric. Je rentre avec Nolwen. C’est elle qui a choisit la majorité des textes de cet article, dans l’initiative de faire lire les textes des poètes en présence par la public. 

 

Mardi 4 octobre 2005  

 

17h39, il me manque un poème de Seyhmus que j’irai chercher à la maison de la poésie dans la semaine. 

 

Mercredi 5 octobre 2005  

 

            Je décide d’écrire un recueil de poèmes sur le thème des rencontres. C’est l’anniversaire de Gwénola qui a 24 ans. 

 

vendredi 17 février 2006  

 

            suite à la rencontre avec Jean Michel Maulpoix, organisée le 16 février à la Maison de la Poésie , j’emprunte un texte de Seyhmus Dagtekin pour finaliser cet article.

 

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