Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 Coxypy

Coxypy

Down in Albion

Publié par Candice H. sur 30 Novembre 2005, 14:55pm

Catégories : #Articles

Baby Shambles, Down in Albion, Rough Trade/Pias


 

L’incarnation d’une boule à facette pop-rock me fait mesurer mon ignorance non exhaustive ; j’adore me mettre en péril en obtenant ce genre de terrain chaotique bien référencé. Je ne connais pas les Libertines, and so what ? Hier encore, Pete Doherty représentait un visage charismatique à la démarche gauche, glorifié en tabloïd de ses frasques narcotiques en compagnie de sa belle, Kate Moss. Le super model partie en cure à la veille de la sortie de l’album, impulsa une célébrité certaine à son amant en quelques rails de coke photographiés. Comme c’est attendrissant… Et Rock’n Roll. Qui a vendu les images de la Brindille flirtant avec Dame Blanche à l’intérieur même du studio d’enregistrement de Pete et ses potes ? On s’en fout, les deux carrières en question sont au mieux de leurs formes, se promettant l’un l’autre que leur amour sera plus fort que cette satanée « Is she more beautiful than me ? ». Peter à son tour en cure à la demande de sa belle, risque-t-il de remettre en cause le génie stupéfiant qui sent si fort sur Down in Albion ? Non, vraiment, c’est mignon… Les amours show-biz ! En cure avant la tournée, c’est une folie… Qu'ils portent bien.     

       

 Je me suis procuré l’album Down in Albion des Baby Shambles hier au soir, publicité à coup de presse cocaïnée. La Belle et la Bête dans le poste, je me cuisine une crêpe, et fait sauter le disque avant la fin de la chanson… D’une réflexion interne : c’est nul, en branchant la télé, puis m’interroge sur cette soudaine jalousie ! Et ça y ressemble, parce que malgré une première écoute de ce morceau quasi insupportable, j’aime cette album – et particulièrement la deuxième moitié – me rappelant du père Ginsberg prêchant dans Song [Howl] « The weight of the world is love, under burden of solitude, under the burden of dissatisfaction, the weight we carry on, wearily is love… ». N’ayant pas goût à obtenir sans profiter – comportement blasé typique de notre société post-moderne où le matériel est un faire-valoir de l’existence – je remets le disque des Baby Shambles, dans l’ordinateur cette fois ci, et entame une partie de cartes, à défaut de lire un cours sur la littérature des Lumières. Ouais, c’est décadent, comme si ça anéantissait tout en rendant super puissant. C’est éclatant, comme un noir brillant qui s’userait déjà, mais qui ne peut cesser de chatoyer rudement à l’oreille. C’est confondu et ça fonctionne terriblement… Entre héros et cocks, le son balance !

 

Et chacun leur tour, les Sex Pistols, les Clash, le reggae beat, les Rolling Stones, les Kinks, Bob Dylan, les Beatles, les Pink Floyd et d’autres encore non identifiés viennent teinter la mélodie de leurs classes, et même les enfants, aujourd’hui grands frères du Baby, tels que Blur et Oasis font touches dans cette identité construite. Cette balade dans la Brit-pop -rock est un délice acidulé, comme affalé sur un barque, dans un rêve cool et dark, où quelques pastels colorées réfléchissent l’indéfinissable rayon qui illumine la promenade. Le chemin junkie se fraye dans une forêt foncé de branches entremêlés, fraîchement ensoleillé, longeant le ruisseau… Pourtant rien n’est clair. La source se brouille, bancale et si évidente, La basse retient, Pete talks the coke dependance, et Kate minaude sur l’ode  punk introduisant l’opus. L’album se compose de seize morceaux, démarquant une moitié aux influences punk, une moitié pop-rock. Mais au delà, le groupe se joue des genres : jazz à la basse qui s’amuse d’un effet contre-basse, d’un reggae appelant à plusieurs reprises ; le Général Santi fait voix et texte sur Pentonville, qui selon la presse net : « un reggae de derrière les barreaux, chanté par le Général, ami et protecteur de Peter lors d’un séjour en prison » (titre éponyme de la prison où ils se sont rencontré) « chanté par un camarade de cellule » ; et puis le folk heureux de Loyalty Song, où Dylan rencontre Albarn ; aussi le disco-rock de The 32nd of December ; etc.  

 

 C’est vendeur, et pourtant si décalé. Un bad boy à l’anglaise, il ne fait pas vraiment peur, assez pour effrayer gentiment la morale qui se veut naïve du monde dans lequel le vécu ne se choque plus de l’horreur. Il se drogue, presque correctement, y plonge son amie consentante, et depuis longtemps initiée aux techniques de la ligne filiforme, et puis ? Il sort un album avec des potes (auditionnés ?). Un truc du genre, le concernant sur le net « ses tubes un peu pute et ses anecdotiques », c’est sexy, un peu glauque, choque qui veut l’être… Mais c’est référencé, et ça se vend dans toutes les surfaces distributrices. Une recette sans pareil : Sex, Drugs and Rock’n Roll… Kate, Coke and Down in Albion respectent les règles du jeu. C’est excitant de rencontres, de mélanges tout en gardant la limite garage comme image de marque. Des notes empoisonnées déliées, la récurrence d’une voix désinvolte rappellent bien que le chaos cerne, et que la frontière dissonante n’est jamais loin… Mais les Baby Shambles reviennent souvent à temps dans les harmonies entraînantes et plaisantes, utilisant des mélodies et des rythmes phrasés au semblant pop rock classique. 

 

 Poète est une qualité qui est reconnu à Pete. Inspiré du mystérieux William Blake, il crée les «Books d’Albion, carnets tenus par Doherty, qui mêlent journaux, collages, photos, et comme eux, (l’album) c’est un assemblage hétéroclite où partout affleure l’autobiographie : histoires de prison, de drogues, romance, ivresse sur guitare rêches ». Kate l’aime pour cela. Abolir le discours cyclique, pour aborder un rythmique particulière, sortir des cadres, pour assurer la décadence, ils disent que Pete fait allusion aux poètes du dix-neuvième, peut être il en boit encore… Des âmes maudites, de celle qui rendent le vers merveilleux aux sons et aux sens. Ivres et fiers, les Baby Shambles servent leur musique sur un plateau usé, comme une substance qui pourrait clôturer les malvenues au bal londonien : sale et critique, nudifiée et maltraitée… Les cicatrices en viendront elles, nettoyées, à la postérité ? Je filerai le tuyau à découvrir, enfin je pense l’entendre encore quelques fois sans ennui, mais morceaux choisis.

 

Sa voix, dramatiquement acid brit pop rock, n’oublie pas de s’ornementer de bruits naturels, venu de par la campagne, de par la machinerie et autres sons. Braillant pourtant, mais retombant aux lignes mélodiques, Down in Albion relance le plaisir d’en écouter un peu plus. Est ce que ça rendrait accros ? Les montées de Up the morning, à la manière d’un Pink Floyd enregistré dans le garage des parents, sont si bien gangrenées que le grand vert semble être juste derrière la porte… Mais la pousser serait vaincre la douce paraisse du rêve. Finalement décrire est vain, ça s’écoute, conditionné ? Cela se passe entre la surface et ce qui existe en dessous, comme une galère acceptée. Une sorte de violence déjà faite qui saupoudre maintenant une joie inexplicable. Un rock en seringue auditive, avec quelque chose de sublime et mauvais au goût sans doute des dérives d’Opiace. L’album conclue sur une ballade dépouillée, Merry go round est comme insufflée par Lennon et Mac Cartney.

 

             Je dédicace mon coup cœur spécial, enfantin soit-il, au bassiste qui fait de bons swings !

Candice

Commenter cet article